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15/04/2015

Le fondateur de Télépro habite Tellin

 Jacques Dessaucy, qui habite désormais à Tellin, dans le Luxembourg,  cofondateur du TELEPRO avec le verviétois Roger Mackels : 60 ans d'histoire

 

UN DOCUMENT DE LA MEUSE VERVIERS

SIGNE YVES BASTIN

 

Verviers – une aventure incroyable

Épopée Télépro: des débuts héroïques voici 60 ans

Deux ados l’ont créé pour que les Verviétois puissent suivre les émissions en allemand

Télépro vient de fêter ses 60 ans. L’occasion d’un coup d’œil dans le rétro pour ce qui fut une folle aventure, qui cartonne encore après être partie de trois fois rien.

Verviers, cité lainière, capitale de l’eau, mais aussi haut lieu de l’édition. Notamment parce qu’y est né le magazine Télépro. Une aventure incroyable, née de bouts de ficelle et qui se poursuit. Les deux fondateurs, Jacques Dessaucy, qui habite désormais à Tellin, dans le Luxembourg, et le Verviétois Roger Mackels, racontent ces temps héroïques.

 

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Jacques Dessaucy de Tellin

Photo Daniel Jeanbaptiste

 

Au début était ASIA Radio Télévision. Une petite fabrique située dans une ancienne chocolaterie rue Cuper. Ici, Georges Dessaucy fabrique entre autres des radios et depuis 1952, des télévisions. Le hic, c’est qu’à Verviers, aucune antenne relais ne permet de capter un programme made in Belgium. Seuls les habitants de Bruxelles et alentours sont desservis. Pour que Verviers puisse capter, il faudra attendre le relais du Bol d’Air, à Ougrée, en octobre 1954.

En attendant, dès 1953, les Verviétois peuvent découvrir des programmes néerlandais et surtout allemands, grâce à un pylône installé par Georges Dessaucy sur les hauteurs de Pepinster. Et les rares privilégiés du petit écran ne se privent pas de s’y scotcher, malgré l’obstacle de la langue.

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Les tous débuts du "TELEPRO"

 

Pour leur permettre d’avoir une vague idée de ce qui se trame face à eux, Georges Dessaucy se dit qu’un programme télé en français, ce serait bien utile. Tâche à laquelle son fils Jacques et un ami de l’Institut Saint-Michel, Roger Mackels, 17 ans tous deux, s’attellent, sans savoir où cela va les mener. Ils achètent des magazines allemands et les traduisent. On débute avec quatre feuilles et du texte que tape le frère Madir, le prof de dactylo à Saint-Michel. Ensuite, on polycopie… Au début, ce ne sont qu’une dizaine d’exemplaires: 14.000 fois moins qu’aujourd’hui.

«Au départ, on s’est lancé avec deux dons de 400 francs belges, provenant de la section de la Légion de Marie du collège, dont nous faisions partie», se souvient Roger Mackels. La sauce prend progressivement, notamment grâce aux bénévoles, tant pour le rédactionnel que pour l’administratif ou l’expédition. «Une vieille tante venait tous les mercredis pour expédier les numéros. Des plus jeunes écrivaient les articles. Ensuite, on a engagé un mi-temps, puis des temps pleins…», se souvient Roger Mackels.

Pour élargir la clientèle, verviétoise au début, les créateurs de Télépro arpentent les rues et repèrent les antennes, explique Jacques Dessaucy. Alors, ils glissent dans la boîte aux lettres un exemplaire trois semaines de suite, puis proposent l’abonnement.

Par la suite, ils écriront aux magasins commercialisant des télés, demandant que le vendeur communique son fichier clients afin que Télépro puisse solliciter la souscription d’un abonnement.

«Comme Jacques Dessaucy était très au courant de ce qui se passait aux États-Unis, on connaissait le problème de la mainmise des médias modernes sur le public, notamment du point de vue philosophique et moral. On voyait qu’il y avait du bon et du mauvais à la télé et on voulait publier un magazine d’info. Pas pour faire du prosélytisme, mais pour donner une analyse artistique des émissions et des pièces de théâtre, en donnant notre avis.» Ce qui intéressait bien des parents désirant éviter à leurs enfants de regarder tout et n’importe quoi.

Pour ce faire, les Verviétois disposent d’un tas de fiches d’une organisation chrétienne. «Mais notre approche n’avait rien de philosophique: on donnait un résumé du film et on ne commentait pas. Pour les pièces de théâtre filmées pour la télévision, on a dû instituer une équipe lisant les scripts, puis rédigeant d’autres fiches», explique Roger Mackels. Ceci, pour tous les jours de la semaine, sauf un. «Car au début, le vendredi était journée de relâche à la télévision belge».

«On a commencé avec des cotes attribuées aux émissions. Mais on a vite compris que cela s’apparentait à de la censure. On est alors passé à un commentaire, après un bref résumé et on donnait un avis sur l’attitude à adopter par rapport aux enfants. On conseillait par exemple que les parents regardent telle émission avec eux pour pouvoir en discuter après.»

Yves Bastin

 

420.000 lecteurs lisent le Télépro chaque semaine, explique la rédac’chef, Nadine Lejaer. Une croissance de 4% par rapport à 2014.

120.000 numéros sont vendus par semaine, que ce soit par abonnement ou dans les librairies, les kiosques et les magasins de tout poil. «On a des couvertures people, mais on accorde beaucoup d’importance au contenu. On essaie d’avoir du recul par rapport à la télé et on s’intéresse plus aux coulisses qu’à l’institutionnel», explique Nadine Lejaer. «On est guidé par une vision humaniste et positive de l’information.»

16 salariés et une série d’indépendants et de pigistes collaborent à la réalisation de l’hebdomadaire. Pour les salariés, cela représente une douzaine d’équivalents temps plein. Télépro fait partie du groupe Belgomédia, qui, lui, emploie une soixantaine de personnes et est une filiale de Roularta et du Français Bayard.

 

Six semaines de chaos et de débrouille

La grande grève de 1960 les lance

La grande grève de 60, qui durera six semaines, ce sera la rampe de lancement pour Télépro. Alors, c’est le tollé contre la loi unique, rebaptisée loi «inique», du gouvernement Eyskens. L’ambiance est à l’insurrection. Les grévistes cassent, renversent des bus, saccagent la gare des Guillemins, toute neuve… On fait intervenir la troupe. Il y a des morts.

Roger Mackels et Jacques Dessaucy flairent le bon coup, alors que les postiers se croisent les bras, ou les déploient, avec d’autres, pour balancer des pavés…

On plie à l’huile de bras

À l’époque, on a dépassé le stade du magazine polycopié. C’est l’imprimerie Leens, rue du Collège, qui tire le Télépro. Mais elle aussi est touchée par la grève. Les créateurs de Télépro apprennent alors que chez Sabel, à Dison, il est encore possible d’imprimer en catimini. Mais ici, on fait plutôt dans les sachets pour le pain frappés du logo du boulanger que dans l’hebdomadaire télé. De plus, il n’y a point de machine pour plier. Opération qui devra donc se faire à la main, avant agrafage. Pour assurer ce travail fastidieux, l’abbé Armand Pirard, alors vicaire à Saint-Joseph et futur commentateur des messes télévisées sur la RTBF, essaie de repérer des jeunes en rue qu’il conduit avec sa Vespa jusqu’à l’imprimerie. Mission: plier sans relâche.

«Alors, avec des Volkswagen, via des routes où les grévistes jetaient des clous à trois pointes, on est allé livrer nos magazines aux AMP à Bruxelles. Eux les ont redistribués, à leurs risques», raconte Roger Mackels. Ainsi, Télépro va se retrouver dans de très nombreuses aubettes où il était encore inconnu. De plus, Télépro fait une pub d’enfer sur les antennes de Radio Luxembourg. En un mois, le grand public se familiarisera ainsi avec le magazine.

L’affaire prend de l’ampleur et il faudra déménager à plusieurs reprises. D’abord rue Ortmans, au coin de la rue Coronmeuse. Puis rue Saint-Remacle, où l’on agrandira. Et enfin, en novembre dernier, Télépro jettera l’ancre à l’ombre du plongeoir surplombant l’Intermarché de Dison. Là où une expo s’ouvrira jeudi qui retracera les épopées de la télévision en Belgique et de Télépro.

Y.B.

 

Une exposition va s’ouvrir à Dison pour saluer un triple événement: les 80 ans de la première émission télé que les Belges ont pu découvrir à l’exposition universelle de Bruxelles, en 1935; les 60 ans et quelques mois de Télépro et l’arrivée de l’équipe de ce magazine à l’Espace Tremplin.

L’occasion de se replonger dans la grande aventure du petit écran. Avec de vieux «postes», la reproduction du studio bricolé d’où l’on a filmé le premier journal télévisé, présenté par Robert Stéphane, en 1956. On fera aussi le grand bond dans le domaine de la couleur, débarquée en France en 1967, puis en Belgique en 1971.

Le vernissage aura lieu ce jeudi à 19h. Ensuite, l’expo sera accessible gratuitement du mercredi au dimanche, de 10 à 18h, jusqu’au 17 mai.

 

A voir aussi dans la Meuse Luxembourg du jeudi 16 avril 

Le   document de Nicolas Léonard  

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